mercredi 4 août 2010

遠方の彼方から. Poissons et kappas à Nakano Broadway


L'immense galerie marchande « Broadway » à Nakano a détroné Akiba chez les Otakus. Ici pas d'électronique mais des boutiques de figurines, de mangas, de jeux vidéos qui occupent 3 étages. Ce sont surtout les figurines qui marquent. Il y a autant, sinon plus, de statuettes dans les boutiques de Nakano qu'il y a d'habitants à Tokyo. 




Mais on aurait tort de ne visiter que les temples de la pop culture à Nakano.
Il faut descendre au marché en sous-sol et admirer les rayonnages de poissons et surtout les tentacules de poulpes qui font passer un frissons lovecraftien. On y trouve aussi des tortues séchées (carapace comprise) censées garantir la puissance sexuelle;











A côté de Broadway, un petit restaurant dédié au kappa, ce yokaï à la carapace de tortue, et au bec de perroquet qui porte toujours de l'eau dans la petite cuvette de son crâne.

dimanche 1 août 2010

遠方の彼方から. Le Musée Ghibli à Mitaka


La visite au musée de Hayao Miyazaki est un passage obligé pour tout amateur d'animation et pour quiconque voudrait un peu mieux connaître ce monument de la culture japonaise contemporaine. Le musée est situé dans une banlieue très coquète de Tokyo, en bordure de la forêt de Mitaka. C'est bien sûr Totoro, dans un kiosque de verre, qui nous accueille. Le musée lui-même est un manoir d'inspiration XIXe, très Jules Verne, tout en bois et cuivre, entre le Nautilus et les machines volantes de Robur le conquérant. Le rez-de-chaussée, est sans doute la partie la plus intéressante du musée : une explication pédagogique de l'animation. L'attraction la plus étonnante est une sorte de praxinoscope dont les images sont en fait des statuettes, reproduisant toutes les pauses d'un mouvement : Mei sautant à la corde entourées d'une multitude de petites créatures. Lorsque la machine se met en mouvement comme un manège, un stroboscope reproduit l'illusion d'optique de la projection et les statuettes s'animent.
Tout le rez-de-chaussée est un hommage à la pellicule, aux appareils de projection... à toute la dimension artisanale du cinéma.
Avant d'accéder aux étages, un dessin animé inédit des studios Ghibli est offert au public. Un film exclusif au musée et visible nulle part ailleurs. Par chance, le court métrage mettait en scène la petite Mei, un jeune Nekobus et Totoro lui-même ; une petite merveille restituant à la perfection l'atmosphère et le style du chef d'oeuvre de 1988.
Aux étages, des espaces pour les enfants qui peuvent escalder un gros Nekobus en peluche, et des pièces reproduisant les espaces de travail de Miyazaki, emplies de livres, de photos, de tableaux ayant appartenu au Maître lui-même.
Pas de photos de l'intérieur du musée dans ce billet appareils et caméras étant interdites. La raison est tout à fait compréhensible, le musée Ghibli est un lieu à découvrir et il n'y a aucun intérêt à en déflorer les merveilles. Quant on pense au succès énorme que remporterait un Totoroland, c'est tout à l'honneur de Miyazaki d'avoir créé ce musée aux dimensions modestes, pédagogique et ne croulant pas sous le merchandising.








Le parc de Mitaka





Même la "smoking area" de l'épicerie à côé du musée est très "miyazakesque".


samedi 31 juillet 2010

遠方の彼方から. My own private Kabukicho

Traverser Kabukicho la nuit pour rejoindre Golden Gai, expérience toujours électrisante.
Pas seulement pour la vie interlope. Peu d'occidentaux y ont de toute façon accès, et les clubs fantasmatiques comme ceux photographiés par Araki nécessitent d'être accompagnés par un habitué. Sinon, on se heurte à un définitif « only for japanese ». Il ne reste au touriste naïf qu'à se faire embarquer par les Sénégalais – se faisant passer pour des Américains – qui rabattent pour des clubs de troisième zones : « Do you wanna have sex with japanese girls. Come on I'll show you real japanese girls ! » Bien sûr, les vraies japonaises sont probablement des Philippinoises ou des Chinoises entre deux âges, et les « free drinks » promis seront encaissés au petit matin.
On raconte d'ailleurs que depuis que les yakuzas se sont tournés vers des affaires plus « respectables » (l'immobilier), Kabukicho serait aux mains de la mafia chinoise... plus violente et bien sûr dénué de code d'honneur. C'est toujours la même histoire, dans tous les films de mafia du monde entier : les nouveaux arrivants ne respectent pas les rêgles des anciens.
Kabukicho demeure pour moi un mystère, une façade et, à cause de ce que son nom m'évoque, un théâtre. Les stars absolues n'en sont pas les filles d'ailleurs, mais des garçons d'une vingtaine d'années, que l'on appelle ici les « hosts ». Tous minces, vêtus de noirs, bronzés et les cheveux blonds ou oranges ébouriffés. J'ai toujours eu l'impression qu'il s'agissait des chats errants de Golden Gai prenant forme humaine à la nuit tombée.
Je n'ai jamais pu vraiment déterminer leur vraie occupation. Il me semble que certains rabattent pour les clubs et recrutent les jeunes filles qui traînent toute la nuit dans le quartier. D'autres sont escort boys pour femmes, d'autres travaillent dans les clubs homosexuels. Ils sont à ma connaissance plutôt sympas et assez narcissiques pour aimer être photographiés. Pour ne pas déranger leur travail, je leur demande de prendre la pose le matin.
Et puis il y a les néons, la vraie raison de ma fascination. Ce sont eux qui battent la mesure du quartier, incroyable dépense de sexe, d'argent et d'électricité.


























jeudi 29 juillet 2010

遠方の彼方から. Jeune guide au musée de la Mori Tower









Parmi les oeuvres d'arts exposées à la Mori Tower, il y a les jeunes guides. Celle-ci gardait une très belle pièce : un bassin éclairé au néon, produisant une eau blanche presque polaire.

遠方の彼方から. Promenades et rêveries un peu partout dans Tokyo




Il m'arrive tout de même parfois de quitter Golden Gai et Shinjuku.
Pour aller à la Mori Tower de Roppongi, par exemple, qui reste un de mes sites préférés. Veillé par l'araignée « okasan » de Louise Bourgeois, Roppongi Hills est une sorte d'oasis – calme et fraiche - qui surplombe le quartier des boîtes de nuit pour occidentaux – haut lieu de stupre tokyoïte.
Le musée d'art moderne est situé au somment de la tour, le plus haut bâtiment de Tokyo. A la nuit tombée le panorama est magique.
L'an dernier, le musée présentait une rétrospective splendide à l'artiste dissident chinois wei Mei Mei. Cette année, il se consacre à la réinvention de la nature par de jeunes artistes japonais.
Une exposition ludique et spectaculaire qui permet de profiter d'une tempête de neige à Tokyo en plein mois de juillet. Richard Brautigan aurait apprécié.



http://www.mori.art.museum/html/english/contents/sensing_nature/exhibition/index.html

La nature n'est pas qu'exposée à Tokyo, elle parcourt la ville et n'en a jamais été chassée. Tokyo n'est pas qu'une ville de verre et de béton. Ce n'est pas la Los Angeles de Blade Runner (même si l'attachement pour le film me pousse à en retrouver sans cesse des traces dans l'architectures et les écrans géants). Le privilège du voyageur et du touriste (n'ayons pas peur de ce mot lorsqu'on a un guide et une carte dans sa poche), est de se perdre dans la ville, de chercher quelque chose et de trouver autre chose.
Par exemple, essayant de localiser la galerie Parabolica-bis à Yanagibashi (éditrice d'e la magnifique revue Yaso et promotrice de l'œuvre de Trevor Brown) je traverse un petit pont et tombe sur un canal et ses péniches. On se met à rêver, bien sûr, que l'Atalante pourrait accoster parmi les péniches japonaise et que le père Jules viendrait troquer quelques bibelot avant de s'enfoncer dans un très ancien quartier des plaisirs.



Autres plaisir du marcheur : décider de faire un détour et se retrouver comme par magie à l'endroit exacte de sa destination. Je décide d'aller à pieds de Tsukiji à Shiodome et ensuite de me rendre dans l'île futuriste et très kitsch d'Odaiba (où se trouve la réplique de la statue de la liberté).




Je traverse un vieux marché au poisson, puis, après avoir longé des entrepôts, je me prépare à une longue marche le long d'une artère épuisante sous d'immense buildings – image d'un Tokyo un peu inhumain. Lorsque j'aperçois un parc, j'y entre sans hésiter, heureux malgré la pluie de m'évader du béton. Il s'agit du parc magnifiquement préservé de Hama-rikyu, jardin du Shogun Tokoguwa, dont j'ignorais l'existence.







Marchant aux hasard des allées, m'enfonçant dans le sous-bois je me retrouve... devant la baie de Tokyo, en face, exactement, de l'embarcadère pour l'île d'Odaiba . L'île en question ne vaut d'ailleurs que pour la traversée en Ferry ; on a l'impression d'accoster dans une cité de science-fiction dessinée par Alex Raymond.
Mais bien sûr, on est toujours heureux le soir de retrouver Shinjuku et de vérifier que Sandor Krasna avait dit vrai : les chats sont les vrais maîtres de Golden Gai.

mardi 27 juillet 2010

遠方の彼方から. Eni & Chi4, J-Pop à Shinjuku


Une autre petite chanteuse, tendance J-pop rose bombom. Bien sûr, on me dira que c'est surtout la perfection kawaii de Eni qui retient l'attention. Pourtant, elle est également la vraie auteur de ses chansons, ce qui est estimable. Ce qui me touche, et traduit bien l'énergie de la ville et de la jeunesse, est ce volontarisme d'aller chanter devant les portes d'une gare pour annoncer un concert. 
Il y a chez les jeunes chanteurs de Tokyo un mélange de sérieux, de candeur et de foi.
Alors qu'une chape de plomb semble peser sur Paris, Tokyo est encore une ville où l'on rêve.

Le blog de Eni
Le blog de Chi4 aux claviers




遠方の彼方から. Kyôfu de Hiroshi Takahashi au Shinjuku Theater





Première séance de cinéma à Tokyo dans le très agréable Shinjuku Theater.
Par chance, j'ai pu voir un des désormais très rares films d'horreur de l'été : Kyôfu de Hiroshi Takahashi, scénariste des chef-d'oeuvres du genre : les trois volets de Ring, Orochi (Blood) de Norio Tsuruta. C'est d'ailleurs parfois l'univers grotesque de Umezu Kazuo (auteur du manga original de Orochi) que le film évoque, avec ses sordides relations entre mères et filles et l'obsession des cerveaux à vif..
Le film est très beau même si j'avoue n'y avoir presque rien compris. Tout commence par d'atroces expériences sur des cobayes humains... opération du cerveau transformant de jeunes gens en légumes. Ce prologue, en noir et blanc, se révèle un film projeté par un couple dans son salon. Etrange conséquence de l'expérience : une lumière aveuglante qui surexpose l'image. Le phénomène lumineux est surpris par les deux petites filles du couple. Elles en seront marquées à vie. L'une suicidaire, l'autre morte-vivante aux yeux laiteux. La suite est pour moi bien plus obscure : la mère semble posséder le pouvoir de faire saigner sa fille à distance. Un garçon se désagrège sur le sol en matière grumeleuse. Une des cobayes, devenue une ignoble limace cannibale digne des mangas de junji Ito, est enceinte et l'échographie révèle qu'elle porte la lumière dans son ventre. L'expérience aurait donc eu pour but de faire naître cette lueur, pont avec l'au-delà, dans notre monde. L'une des plus belles idées est la reprise du film inaugural enrichi des images des parents et des petites filles. Ainsi le film projeté a aussi le pouvoir d'enregistrer les images de ses spectateurs, d'en conserver la mémoire.








lundi 26 juillet 2010

遠方の彼方から. Rockers à Yoyogi, renards à Ueno




Chris Marker filmait déjà les rockers du parc de Yoyogi dans Sans soleil. Sont-ce les mêmes qui dansent aujourd'hui, rejouant les meilleures poses d'Elvis ou GeneVincent ? Ou leurs enfants, perpétuant la tradition du rockabilly japonais comme on maintient le code d'honneur d'un clan samouraï ? Qui sait, dans 100 ans peut-être, lorsque le dernier rocker aura disparu et sera devenu une légende, un petit temple sera érigé, gardé par des renards à bananes et blousons de cuir.



A Ueno en bordure du parc, un petit temple très sombre et ancien, gardé par des renards au sourire un peu cruel.



Et à Ueno, toujours, une fantastique mer de nénuphars.