vendredi 14 octobre 2011

The Black Cat. 1. Hjalmar Poelzig

On ne peut qu’être d’accord avec Raoul Ruiz, lorsqu’il affirmait que Le Chat noir d’Ulmer était l’un des plus beaux films du monde. Sur un charnier de la guerre, Hjalmar Poelzig (Karloff) a dressé son châteaux.
«Chef-d’œuvre de construction édifié sur le chef-d’oeuvre de la destruction, le chef-d’œuvre du meurtre.»
Et là, Karloff et Lugosi, rendus fous par la guerre, s’affrontent pour l’amour d’une femme, un cadavre vivant aux cheveux de soie électrifiés.  
Le Chat noir est une folie Bauhaus, dont l’élément le plus spectaculaire est Karloff, façonné, découpé, soumis à un découpage triangulaire. L’homme des morts s’est raffiné et possède désormais une beauté effrayante, démoniaque.
Le travail sculptural d’Ulmer permet, une nouvelle fois, à Karloff de traverser le temps. Il s’inscrit dans la lignée des punks prussiens à la Stroheim et on le retrouvera, à peine changé, dans les films de FJ Ossang. Hjalmar Poelzig, sous d’autres noms (Féodor Aldellio, Docteur Turc, Docteur Ewers, Professeur Starkov), a trouvé refuge aux îles Chiennes et sur les Açores hallucinées des Dharma Guns. 



jeudi 13 octobre 2011

L’étrangement inquiétant

William Henry Pratt était Anglais, mais il adopta cet étrange pseudonyme russe, Boris Karloff. On raconte que son père était en réalité Indien, ce qui explique son teint singulier et sa prédisposition à incarner des personnages exotiques. 
Ainsi, une part de lui-même n’appartenait pas à l’Occident mais plongeait dans une tradition plus ténébreuse, dans le secret de l’adultère - jamais éclairci puisque ses parents moururent alors qu’il n’était qu’un enfant. 
Son visage était sévère mais Karloff se retrouva souvent grimé, les yeux fardés comme un maharadjah, la peau noircie. Il interpréta des peaux-rouges, des chinois, des égyptiens, des Indous bien sûr. 
Le monstre de Frankenstein ne fut qu’un avatar de ces personnages étrangers, hors de l’humanité elle-même. 
Le surnom qui lui fut donné par Universal fut d’ailleurs The Uncanny, «l’étrangement inquiétant».



The Outsider


«Car quoique le népenthès ait mis la main sur moi, je sais pour toujours que je suis d’ailleurs, un étranger en ce monde, un étranger parmi ceux qui sont encore des hommes. Et cela je le sais du moment où j’ai tendu la main vers cette abomination dressée dans le cadre doré, depuis que j’ai porté mes mains vers elle et que j’ai touché une surface froide et immuable de verre lisse.»
HP Lovecraft, Je suis d’ailleurs (1921)

mercredi 12 octobre 2011

Peter marionette

ses mains ne sont pas ses mains
son visage n’est pas son visage
sa tête n’est pas sa tête
son corps n’est jamais son corps










Mais ses yeux sont ses yeux, et expriment toute la muette horreur de ne jamais être lui-même.




M le maudit (Friz Lang, 1931)
Stranger from the Third Floor (Boris Ingster, 1940)
La Bête à cinq doigts (Robert Florey, 1946)
The Face Behind the Mask (Robert Florey, 1941)
Peter Lorre, Fritz Lang et le moulage de la tête de Lorre dans Les Mains d'Orlac
Crime et Chatiment (Joseph von Sternberg, 1935)


vendredi 7 octobre 2011

Peter Lorre, 1929

Bien souvent, Peter Lorre paria sa tête avec le Diable.



Dans le rôle de Moritz Stiefel de la pièce de Wedekind Frühlings Erwachen (Spring’s Awakening), Berlin, 1929. Photo Lotte Jacobi.
Tirée du livre The Lost One: A Life of Peter Lorre de Stephen D. Youngkin.
Site du livre ici



samedi 1 octobre 2011

Gender trouble (Cherchez le garçon)

En 1980, les Cahiers du Cinéma éditent le numéro spécial "Monstresses", recueil de photos d’exploitation, non pas commentées mais interrogées dans leur pouvoir de fascination même (et surtout) détachées des films dont elles étaient issues. Le principe sera repris et étendu par Jean Louis Schefer pour L'homme ordinaire du cinéma. En page 60, cette photo de Michiyo Yasuda dans le Deuxième sexe (Sekkusu chekku - Daini no Sei, 1968) de Masumura.
La même année sort «Cherchez le garçon» de Taxi Girl. La pochette est une reprise par Jean-Baptiste Mondino de la même image. On peut d’ailleurs supposer que c’est précisément dans Monstresses que Mondino est allé chercher son inspiration. Le rapport entre le film, que, Mondino n’avait sans doute pas plus vu que Jean Louis Schefer, et la chanson réside dans le jeu sur les genres. La jeune fille qui se rase du Deuxième sexe est une sprinteuse poussée à bout par son entraîneur et qui perd jusqu’à son identité sexuelle. Mondino a rajouté des yeux de félin à Michiyo Yasuda, et a doté la mousse à raser d’une très étrange fluorescence.
On a l’impression que c’est sa peau que rase la créature, faisant apparaître un androgyne fantastique. 




Au dos du même numéro, on trouvait aussi cette image fascinante de Premier amour, version infernale de Susumu Hani.


Romain Slocombe, illustrations japonaises

Des illustrations de Romain Slocombe pour Folio, ma préférée est sans doute celle du Marin rejeté par la mer de Mishima, avec ses couleurs incroyablement vivantes et sa ligne claire. L’avantage de ces illustrations est bien sûr qu’on peut les «saisir» et qu’elles sont chargées de la dimension du texte. Aujourd’hui, je me rends compte combien ces illustrations furent une première approche du cinéma japonais et constituaient les affiches idéales d’ adaptations rêvées.