lundi 12 avril 2010

Sans soleil 1 : la guerre ressemble aux lettres qu’on brûle.
















Sur la machine d’Hayao, la guerre ressemble aux lettres qu’on brûle, et qui se déchirent elles-mêmes dans un liseré de feu. Le nom de code de Pearl Harbour était Tora, tora, tora : le nom de la chatte pour laquelle priait le couple de Go To Ku Ji. Ainsi, tout cela aura commencé par un nom de chatte prononcé trois fois.
Au large d’Okinawa, les kamikaze s’abattaient sur la flotte américaine. Ils deviendraient une légende. Ils s’y prêtaient mieux, évidemment, que les sections spéciales qui exposaient leurs prisonniers au gel de Mandchourie et ensuite à l’eau chaude, pour mesurer à quelle vitesse la chair se détache des os. Il faudrait lire leurs dernières lettres pour savoir que les kamikaze n’étaient pas tous volontaires, et que tous n’étaient pas des samouraïs fanatisés. Avant de boire sa dernière coupe de saké, Ryoji Uebara avait écrit :
" J’ai toujours pensé que le Japon devait vivre librement pour vivre éternellement.
Ça peut paraître idiot à dire aujourd’hui, sous un régime totalitaire... Nous autres, pilotes-kamikaze, nous sommes des machines, nous n’avons rien à dire, sinon supplier nos compatriotes de faire du Japon le grand pays de nos rêves. Dans l’avion je suis une machine, un bout de fer aimanté qui ira se fixer sur le porte-avions, mais une fois sur terre je suis un être humain, avec des sentiments et des passions... Pardonnez-moi ces pensées désordonnées. Je vous laisse une image mélancolique, mais au fond de moi je suis heureux. J’ai parlé franchement. Excusez-moi."
Chris Marker - Sans soleil (1982)
Mamoru Oshii -Sky Crawlers (2008)



samedi 27 mars 2010

Novövision











Novövision, Yves Adrien, 1980
All About Lily Chou-Chou, Shunji Iwai, 2001
Ernest Shackleton, L'expédition Endurance, 1915

vendredi 5 mars 2010

Murakami Alphaville



" ‬Je veux vous poser une question depuis tout à l'heure.‭ ‬Pourquoi l'hôtel s'appelle Alphaville‭ ?
‭- ‬Alors ça...‭ ‬Je pense que c'est le patron qui a choisi.‭ ‬Tu sais,‭ ‬les noms des‭ ‬love-hotels,‭ ‬c'est du n'importe quoi.‭ ‬Au final,‭ ‬c'est un lieu de rencontres pour hommes et femmes.‭ ‬Donc,‭ ‬il faut juste qu'il y ait un lit et une salle de bains.‭ ‬Et le nom,‭ ‬tout le monde s'en fiche.‭ ‬Quelqu'un en a l'idée,‭ ‬et ça suffit.‭ ‬Pourquoi tu demandes ça‭ ?
‭- ‬Parce qu‭'‬Alphaville,‭ ‬c'est un de mes films préférés.‭ ‬De Jean-Luc Godard.‭




‭- ‬Jamais entendu parler.
‭- ‬C'est un vieux film français des années‭ ‬60.
‭- ‬Ah,‭ ‬peut-être que ça vient de là...‭ ‬Je demanderai au patron la prochaine fois.‭ ‬Et ça veut dire quoi,‭ ‬Alphaville‭ ?
‭- ‬C'est le nom d'une cité imaginaire du futur,‭ ‬répond Mari.‭ ‬Une ville,‭ ‬quelque part dans‭ ‬notre galaxie.
‭- ‬Alors,‭ ‬c'est un film de science-fiction‭ ? ‬Comme‭ ‬Star Wars‭ ‬?
- ‬Non,‭ ‬pas‭ ‬vraiment n'y a pas d'action,‭ ‬ni d'effets spéciaux.‭ ‬Je ne vois pas comment l'expliquer.‭ ‬C'est un film abstrait.‭ ‬Ou conceptuel.‭ ‬En noir et blanc.‭ ‬Sans dialogues.‭ ‬On ne peut le voir que dans des salles d'art et essais.
‭- ‬Conceptuel...‭ ‬Tu veux dire quoi‭ ?
‭- ‬Par exemple,‭ ‬dans‭ ‬Alphaville,‭ ‬les gens qui ont pleuré se font arrêter et exécuter sur la place publique.




‭- ‬Pourquoi‭ ?
‭- ‬Parce que dans cette cité,‭ ‬les habitants n'ont pas besoin de ressentir les‭ ‬choses en profondeur.‭ ‬Donc,‭ ‬il n'y a plus de sentiments.‭ ‬Il n'y a ni‭ ‬irony ni contradiction.‭ ‬Tout‭ ‬se traite au moyen de formules mathématiques.‭ ‬De manière centralisée.
Kaoru fronce les sourcils.
‭- ‬Irony‭ ?
" C'est quand les‭ ‬gens s'observent eux-mêmes.‭ ‬Eux,‭ ‬ou ceux de leur groupe.‭ ‬Objectivement.‭ ‬Et qu'ils y découvrent quelque chose de drôle.




L'explication de Mari laisse Kaoru pensive.
‭" ‬Euh...‭ ‬j'ai pas bien compris,‭ ‬là...‭ ‬mais dans‭ ‬Alphaville,‭ ‬il y a du sexe‭ ?
‭- ‬Il y a du sexe.
‭- ‬Mais du sexe qui n'a besoin ni d‭'‬irony ni de sentiment.
‭- ‬C'est ça.
Kaoru,‭ ‬amusée,‭ ‬se met à rire.
‭" ‬A y réfléchir,‭ ‬fait-elle,‭ ‬c'est bien trouvé,‭ ‬comme nom de‭ ‬love-hôtel.‭"

Haruki Murakami, Le Passage de la nuit (2004)

lundi 15 février 2010

The Birds 1 : Mother


Mélanie et Lydia Brenner : la même.





Lorsqu'elle comprend qu'elle a perdu la partie et que Mitch va la quitter, Lydia Brenner n'est plus qu'une figure vieillie, dévitalisée. Momifiée.