dimanche 20 mars 2011

Bébés requins


Un jour, je les empoisonnerai et je foutrai le feu à la maison.



Ce soir, je jouerai au cadavre pour effrayer mon petit frère.


J'emmène ma petite sœur dans la grange pour lui montrer le fantôme de grand-mère.

samedi 19 mars 2011

Vampir, Cuadecuc de Pere Portabella‭

 

Persistance du vampire


J‬’ai rêvé que je me promenais dans un très vieux château‭… ‬il y avait des cercueils et,‭ ‬dans ces cercueils,‭ ‬des femmes,‭ ‬ni mortes ni vivantes‭…

Vampir Cuadecuc de Pere Portabella‭ (‬1973‭)‬,‭ ‬le plus grand film expérimental vampirique,‭ ‬s'est‭ ‬également construit à l'intérieur d'un autre film,‭ ‬comme le ver se nourri d’un cadavre.‭
En‭ ‬1969,‭ ‬Pere Portabella,‭ ‬un des fondateurs dans les années‭ ‬60‭ ‬de l’école de Barcelone filme le tournage‭ ‬d’El conde Dracula une nouvelle adaptation du roman de Bram Stoker par Jess Franco.‭ ‬Vampir Cuadecuc,‭ ‬tourné en‭ ‬16‭ ‬mm noir et blanc,‭ ‬muet‭ (‬si l’on excepte ses dernières minutes‭)‬,‭ ‬apparaît avant tout comme une version expérimentale du roman de Stoker.‭ ‬Cuadecuc‭ ‬signifie en catalan la queue du ver,‭ ‬cette queue qui,‭ ‬comme le vampire,‭ ‬repousse toujours si on la coupe.‭ ‬Cuadecuc,‭ ‬vampir‭ ‬est‭ ‬le vampire du vampire,‭ ‬le parasite au‭ ‬cœur‭ ‬d’El conde Dracula.
Portabella a réalisé le projet‭ ‬fantasmatique‭ ‬des cinéastes‭ ‬travaillant la reprise d’images‭ ‬:‭ ‬être‭ ‬là au moment du geste inaugural et toucher du doigt l’origine des images.‭ ‬Cuadecuc,‭ ‬vampir
offre le cas singulier d’une copie naissant à l’instant précis de l’exécution de l’original ‭; ‬comme si un‭ «‬ found footage ‭» ‬pouvait être travaillé,‭ ‬non en laboratoire,‭ ‬mais lors du tournage de son film de référence.‭ ‬Cuadecuc,‭ ‬vampir‭ ‬a été‭ ‬impressionné sur une pellicule pour bande-son qui élimine les gris intermédiaires.‭ ‬Avec ses noirs charbonneux et ses blancs‭ «‬ brûlés ‭» ‬qui dévorent l’image,‭ ‬il possède alors le pouvoir d’envoûtement de ces films des origines,‭ ‬presque effacés,‭ ‬parvenus jusqu’à nous à travers plusieurs générations de contretypes.‭ ‬Ses personnages semblent d'ailleurs tous un peu transi,‭ ‬comme ces acteurs du muet sidérés par leur naissance au visible.‭
La photographie‭ ‬cramée‭ ‬de‭ ‬Vampir Cuadecuc,‭ ‬telle une empreinte au pochoir,‭ ‬porte déjà en elle‭ ‬le principe de reproduction.‭ ‬Cette plastique ‬se retrouve aussi bien‭ ‬dans‭ ‬les BD de Guy Peelaert‭ (‬Pravda la survireuse) ‬que‭ ‬dans‭ ‬les sérigraphies solarisées d’Andy Warhol.‭ Comme un test‭ ‬de‭ ‬Rorschach,‭ ‬le film de Franco se plie sur lui-même et nous en observons les taches énigmatiques :‭ ‬notre histoire personnelle des vampires,‭ ‬écrite avec ces ombres,‭ ‬les traces laissées en nous par le roman de Stoker,‭ ‬les films de Murnau,‭ ‬Browning et Fisher.‭






Vampir, Cuadecuc de Pere Portabella passe au Jeu de Paume, dimanche 20 mars à 17 heures, présenté par Jean-Pierre Bouyxou.‭

Le jeu de paume

mercredi 9 mars 2011

Dharma Guns : cinéma de l'éther



Pour suivre l’errance somnambulique de son héros, dans cette interzone qui n’est ni la vie ni la mort, Ossang retrouve les substances gazeuses, presque immatérielles, du Vampyr de Dreyer et les iris de Murnau qui sont déjà comme l’emprise des ténèbres sur les hommes. D’ailleurs, comment mieux rendre hommage à l’auteur de Nosferatu sinon par la voix d’outre-tombe de Lux Interior, le chanteur défunt des Cramps, reprenant l’envoûtant standard Taboo ?

lundi 7 mars 2011

Je serai une putain du rock ‘n’ roll pour toi



Le plus beau dans le Ziggy Stardust -The Motion Picture de D.A. Pennebaker, ce n’est pas seulement Bowie qui de station en station construit la légende de Ziggy, mais son contrechamp : ces jeunes filles dont Pennebaker saisit le visage dans la pénombre, entre deux flashs de stroboscope.
Bouleversées, en larmes ou en extase, elles inventent des chorégraphies secrètes pour Lui et pour Lui seul.  A l’étrangeté de Ziggy, que la maigreur rend presque immatériel, Pennebaker tente de saisir une autre étrangeté, celle des adolescentes et ce qu’elles livrent en cet instant. Ce qu’elles nourrissent dans l’intimité de leurs chambres, elles l’exposent ici, sans fard, répondant aux moindres œillades, aux moindres coups de reins de Ziggy. "Je serai une putain du rock ‘n’ roll pour toi". On ne peut pas rêver plus tendre déclaration d’amour.
C’est le dernier concert de Ziggy, filmé ce fameux soir du 3 juillet 73 à l’Hammersmith Odéon de Londres. Pennebaker capte l’incandescence de Bowie, telle que jamais il ne la retrouvera, comme il attrape au vol,  sur quelques photogrammes, ces fugitifs et précieux instantanés d’adolescence.


jeudi 17 février 2011

Ohayō de Satoshi Kon




« On n’est plus personne. Comment, alors, cherchant sa pensée, sa personnalité comme on cherche un objet perdu, finit-on par retrouver son propre «moi» plutôt que tout autre ? Pourquoi, quand on se remet à penser, n’est ce pas alors une autre personnalité que l’antérieure qui s’incarne en nous ? On ne voit pas ce qui dicte le choix et pourquoi, entre les millions d’êtres humains qu’on pourrait-être, c’est sur celui qu’on était la veille qu’on met juste la main. »
Marcel Proust, «Le Côté de Guermantes».



Ohayō (Satoshi Kon, 2007) segment du film collectif Ani-Kuri 15.

jeudi 10 février 2011

F pour Francis Ford




En 1992, à l’occasion de la sortie du Dracula de Coppola, Arte commande à André S. Labarthe un théma Vampires. Il est envoyé à Los Angeles pour réaliser une interview de Coppola... qui n’aura finalement pas lieu. Labarthe a recours à un truc assez incroyable : il achète un entretien paru dans Interview et engage un acteur (Louis Lista) pour interpréter Coppola. Dans la pénombre d’une limousine, l’illusion est presque parfaite. Je n’avais jamais soupçonné la supercherie et c’est Labarthe lui-même qui me l’a révélée. 
La vidéo est un montage des différentes interventions du Francis "Fake" Coppola.



Lorsqu’on connait le truc, il est bien évident que l’acteur ne ressemble pas tant que ça à Coppola. Le générique est d’ailleurs assez explicite ainsi que le commentaire final «F... pour Francis».
Dans cette étrange soirée, il y avait la vraie Catherine Deneuve lisant du Lautréamont (Chant 1)
"Chaque nuit, l’heure où le sommeil est parvenu à son plus grand degré d’intensité, une vieille araignée de la grande espèce sort lentement sa tête d’un trou placé sur le sol, à l’une des intersections des angles de la chambre. Elle écoute attentivement si quelque bruissement remue encore ses mandibules dans l’atmosphère. Vu sa conformation d’insecte, elle ne peut pas faire moins, si elle prétend augmenter de brillantes personnifications les trésors de la littérature, que d’attribuer des mandibules au bruissement. Quand elle s’est assurée que le silence règne aux alentours, elle retire successivement, des profondeurs de son nid, sans le secours de la méditation, les diverses parties de son corps, et s’avance à pas comptés vers ma couche. Chose remarquable ! Moi qui fais reculer le sommeil et les cauchemars, je me sens paralysé dans la totalité de mon corps, quand elle grimpe le long des pieds d’ébène de mon lit de satin. Elle m’étreint la gorge avec les pattes, et me suce le sang avec son ventre."







Dans une des très belles introductions de la soirée, Labarthe cite Baudelaire pour se moquer du film de Coppola :
«J'ai senti passer sur moi le vent de l'aile de l'imbécilité.» C’est curieusement une des phrases que citera Christopher Walken, le vampire Peina de The Addiction d’Abel Ferrara. Circulation des vampires.



« Vous l’avez deviné, la soirée que nous vous proposons appartient à ceux qui se couchent tard, à ceux qui ont des difficultés à s’endormir, et à tous les somnambules de la culture qui ne savent lire qu’entre les lignes, des livres généralement logés sur les plus hauts rayons de leur bibliothèque. Si vous faites partie de ceux-ci, les noms de Dracula, de Nosferatu, Jonathan, ne vous sont pas inconnus... et vous avez très certainement connus de ces très jeunes filles que l’aube faisait fuir à toutes jambes et qui couraient se réfugier entre les pages les plus sombres des dictionnaires. Leurs visages ressemblaient à des lits défaits et leurs yeux, prêts de choir avaient la fixité des yeux de certains animaux. »


L'intégralité du documentaire Vampire State Building

lundi 7 février 2011

Jim O’Rourke à Golden Gai

Le 9 août 2010, j'interviewais Jim O’Rourke pour Les Cahiers du cinéma. Quelques photos de l’auteur du sublime Eureka, au Cabochard, bar mythique de Golden Gai (Tokyo).
Photos : Terutaro Osanaï.